BEAC:Les défis du nouveau gouverneur

Le deuxième gouvernement collégial que conduit le tchadien Abbas Mahamat Tolli et qui a définitivement pris les rênes le 31 mars 2017, n’aura pas de répit face à la crise économique en zone Cemac et aux mutations externes et internes de l’institut d’émission.

Nestor Nga Etoga

Abbas Mahamat Tolli sait déjà que la tâche ne lui sera pas aisée, même si les résultats de la Banque sont en augmentation constante. Selon le nouveau gouverneur de la BEAC : « le contexte économique et financier est particulièrement difficile. En effet, la détérioration des termes de l’échange liée à la chute des cours du pétrole brut enclenchée en 2014,a plongé les pays de la sous-région dans une crise profonde. La situation économique s’est nettement détériorée, marquée en 2015 et 2016 par un ralentissement sensible de la croissance économique, une aggravation des déficits budgétaires et extérieur courant, et une chute des réserves extérieures. De surcroit, les perspectives de maintien des cours du pétrole à des niveaux relativement bas sur le moyen terme n’augurent guère de lendemains euphoriques ».Face à cette situation, les nouvelles mesures de court terme mises en œuvre par les Etats et la Banque centrale ont montré leurs limites, l’espoir selon le nouveau gouverneur de la BEAC reste :« un inversement de tendance sans d’autres mesures d’envergure étant désormais vain ». C’est pourquoi les plus hautes autorités de la Cemac ont décidé, lors de la Conférence extraordinaire des chefs d’Etat de la Cemac qui s’est tenue à yaoundé le 23 décembre 2016, d’engager des actions décisives en vue d’une transformation profonde des économies de la sous-région, afin d’en renforcer la résilience et la stabilité à moyen et long terme. Naturellement, la BEAC est étroitement associée à cette action stratégique, comme cheville ouvrière du Programme de réformes économiques et financières de la Cemac(Pref-Cemac)mis en place à cet effet. Ce programme représente l’un des vecteurs importants par lesquels la Banque centrale continuera d’apporter tout son soutien aux Etats.

Abbas Mahamat Tolli a indiqué que : « nous allons élaborer un plan stratégique pour la Béac, une feuille de route qui nous guidera dans la réalisation de la vision à moyen et à long terme de notre institution ».

Le spectre de la dévaluation plane toujours

Parlant de la dévaluation, le gouverneur de la BEAC souligne qu’ « aujourd’hui, le Franc Cfa est une monnaie stable qui appuie nos économies. C’est une monnaie dont la gestion exprime la confiance. Il n’y a absolument pas péril en la demeure. La situation économique, monétaire et financière des pays de la Cemac, même difficile, ne justifie pas aujourd’hui une dévaluation du Franc Cfa. En dépit des chocs exogènes que sont la chute du cours du Brent et la lutte contre le terrorisme et le groupe Boko-Haram, la couverture extérieure est maintenue à un niveau largement supérieur à la norme statutaire de 20°/°.Le taux de couverture extérieure de la monnaie est de 56,8°/° à fin décembre 2016. De plus, la force de notre Union monétaire(UMAC) ainsi que la garantie de parité avec l’Euro nous assurent ».Ainsi, sur le plan économique, la question d’une sortie de la zone Franc, selon le gouverneur Abbas Mahamat Tolli « ne se pose pas », cependant « l’appartenance ou non à la zone Franc est d’abord une décision politique ».

La deuxième collégialité au pied du mur

La nouvelle équipe devra faire face à la crise économique qui sévit dans la zone de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale(CEMAC).Le nouveau gouverneur devra œuvrer davantage pour l’accès aux financements pour le développement des Etats de la zone, et les assister dans leurs plans d’ajustements. Il aura aussi la charge de mettre à la disposition des citoyens de la CEMAC, plus de monnaie pour faciliter les échanges, finaliser la mise en place des systèmes et moyens de paiement.

Au plan interne, Mahamat Abbas Tolli et son équipe devront poursuivre les réformes en cours et à venir pour rendre le personnel plus compétitif en dotant d’infrastructures, de moyens et d’un cadre de travail viables. Le nouveau gouverneur devra aussi finaliser des projets d’harmonisation des statuts, ainsi que l’adoption d’un organigramme à la Banque centrale.

Béac, comme une vie de chat

Au moment où le deuxième gouvernement collégial de la BEAC entre en fonction, l’on apprend que les institutions de Bretton woods demandent à la banque des états de l’Afrique centrale  de renforcer sa gouvernance collégiale.Il est question que cette collégialité fonctionne sous forme parlement où toutes les décisions seraient soumises au vote. « Est-ce le cas aussi à la Banque mondiale ou au FMI ? Le management de la BEAC et du FMI ne pouvaient-ils pas inspirer l’équipe Mahamat  abbas Tolli ?» ; s’interrogent quelques observateurs qui pensent également que le quotidien de la Banque centrale aujourd’hui ressemble étrangement à celui d’un chat, dont on dit qu’il a sept vies, du fait de sa grande résistance aux dangers./.