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Don d’ordinateurs : enfin, des ordinateurs pour les étudiants des universités de Bamenda, Dschang, Buéa et Douala. Semaine émouvante pour des étudiants des quatre autres universités qui ont reçu cette semaine leurs ordinateurs du don du chef de l’Etat. C’est à la faveur de l’arrivée de 100 000 machines pour le troisième contingent. Mieux vaut tard que jamais, est-on tenté de le dire. Les étudiants des universités de Bamenda, Dschang, de Buéa et Douala récoltent le fruit de la patience. Ils ont reçu cette semaine lors d’une cérémonie de distribution dans leurs universités respectives et des mains du ministre de l’Enseignement supérieur en personne, leurs ordinateurs. Et le patron de l’Enseignement supérieur peut enfin exulter en annonçant le calendrier des répartitions « jeudi, nous seront à Douala et ensuite à Buéa. Vendredi nous seront à Dschang et à Bamenda. C’est le deuxième contingent, 100 000. Et ensuite nous attendons le troisième contingent pour aller à Maroua et à Ngaoundéré » a déclaré le professeur Jacques Fame Ndongo qui s’est voulu rassurant eu égard la situation sociopolitique qui prévaut dans le pays et particulièrement dans les régions anglophones « ce sont tous des Camerounais. Nous sommes au Cameroun, nous irons à Bamenda, nous irons à Buéa, on peut rassurer tout le monde. Les IPES Institut privées de l’Enseignement supérieur (IPES) sont tutorés par les universités d’Etat, donc les étudiants des IPES font parties des lots relatif aux universités d’Etat, donc, il n’y a aucun problème » a ajouté le Minsep. Pour mémoire, pour bénéficier de ces ordinateurs, il faut valider son enregistrement biométrique. Ces répartitions s’alignent à celles effectuées les 26 et 27 décembre dernier dans les universités de Yaoundé I et Yaoundé II à SOA.
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Ombessa: Les coupables de l’affaire Ibrahima Belo

Lire la chronique du journaliste  Alphonse ATEBA NDOUMOU,diplômé de la 23ème promotion (1992-1995) de l’ESSTI – esstic.

Il s’appelle Ibrahima Belo, jeune camerounais comme il en existe des millions, avec des espoirs et des rêves, dont bon nombre, pour diverses raisons,  se fondent au soleil du marasme qui se fait chaque jour plus ardent ici. Sauf que, depuis quelques temps,  victime dépecée et dépassée  par la vermine humanoïde lors des incidents survenus à Ombessa, il est désormais auteur, malgré lui,  d’une nouvelle page dans l’Histoire du Cameroun contemporain. Ses jambes amputées  nous crachent ainsi au visage notre être social d’infâme barbarie, en même temps que notre environnement sociologique d’exceptionnelle cruauté. Et pour ceux qui voulaient en conserver quelques doutes, la réponse est là,  cinglante ; nous ne sommes pas vraiment sortis de la sauvagerie. Notre cruauté animale autant que notre animalité sans nom éclatent ainsi à la face du monde. Les images du drame, insoutenables à souhait, continuent de faire le tour des réseaux sociaux – qui saura jamais arrêter ces derniers ?- pour signaler le génie incomparable de nos précieuses ridicules, mais aussi et surtout, pour  adresser à notre conscience collective la question poignante du type de citoyenneté et du niveau de socialisation qui prévalent ici.  Le plus révoltant ensuite, c’est la grosse hypocrisie, cette raillerie de l’amour dans la bouche de tous ces mécréants qui,  ça et là,  simulent une sincère indignation. Insupportable !  Finalement, il y a  plus d’intelligence et de vertu dans le jeu des acteurs d’un autre théâtre d’horreur, le Rwanda. Là-bas, pour solder à bon compte les boucheries de 1994,  les hommes ont eu l’intelligence de se cacher derrière la chose, les médias dits de la haine, pour s’empêcher d’assumer la réalité de leur inhumanité. Quoique, nulle part, jusqu’ici, l’on a trouvé la trace d’un médium tranchant le cou d’un être humain à la machette, les Rwandais pouvaient, en tout cas, se réconcilier aux dépends  d’un objet inanimé, présentant toutes les caractéristiques du coupable idéal et consensuel, sans âme, sans vie, sans rationalité propre, sans défense. Il en a toujours d’ailleurs  été ainsi chaque fois que les animaux sont malades de la peste… On peut le tester encore aujourd’hui dans le sort innommable fait au jeune Bello Ibrahima à Ombessa, lui  dont tout le tort et tout le charme sont d’offrir à la conscience tourmentée de tous les vrais coupables, une planche commune de défoulement.  Drôle de destin !
En fait, tout est dans tout dans cette affaire d’Ombessa qui simule, malgré elle, le naufrage collectif d’une écologie du désespoir. Essayons de reconstituer les faits.  La scène macabre se déroule  sur la place du marché, lieu de brassage par excellence, d’où le Cameroun tire cette réputation singulière de fraternité tolérante et de convivialité. Entrent ensuite en jeu, tour à tour, un avocat, homme de loi, dont l’efficacité du magister est mesurable à sa facilité à s’associer  la rage populaire contre l’infortuné Ibrahima ; le jeune Bello lui-même, allégorie d’un certain Cameroun des marges et des échecs de socialisation, puisqu’il est décrit, à la fois, comme voleur et déréglé.  Il y a la foule en furie du marché, magma sans âme et sans control. Incapable de se fédérer de raison, elle s’affectionne dans sa prédilection de bétail des batailles,  à la merci des pouvoirs, pour mieux roder sa débandade fugueuse, frondeuse, velléitaire et débridée; il y a la police au comportement, souvent,  si peu policé, et qui ne se dérobera pas ici au privilège de savourer avec l’avocat, les heureuses externalités d’une justice sans justesse, alors que toutes les formes d’expression du droit ont  depuis longtemps épousé les lignes courbes des biceps… Il y a les médias, dans leur grande diversité, nouveaux maîtres de cette arène fratricide, et qui se délectent du torrent rouge de leur nouvelle trouvaille, la médiacratie de compromission et de subversion de la vérité. Puis, Il y a le reste, les vils, les veules et le tout venant de ceux que Camus appelle les Étrangers, ici en situation fort étrange…
INJUSTICE POPULAIRE
Le tableau d’apocalypse ainsi dressé ne permet pas de se satisfaire des raccourcis, comme celui qui aujourd’hui s’empresse d’accabler la police dans l’affaire d’Ombessa. NON ! La police ne sera jamais assez innocente dans la dégradation générale de l’état moral de notre société, mais,  on peut sur ce coup s’autoriser  une intuition nuancée.  Et de nombreux contemporains sont là qui  attestent que, même à la glorieuse époque de la DIRDOC ou de la BMM, l’on n’a que rarement atteint ces niveaux d’inhumanité – !!!-  En tout cas, les méthodes étaient réputées différentes. De plus, sur la carte nationale du crime, Ombessa ne figure guère au peloton de tête, pour disposer d’une unité d’élite dotée des moyens de l’extermination immédiate, à l’instar de ceux usités contre Ibrahima Belo. NON. A tout prendre, et parce que nous sommes tenus au respect pour toutes les victimes, connues ou moins connues, au risque d’être demain nous-même la cible,  nous devons oser l’audace de quitter le doigt des yeux pour affronter le soleil sombre de notre animalité et ainsi, peut-être,  profiter du carême pour confesser notre péché, nos péchés, car en fait, nous sommes simplement,  TOUS COUPABLES.
Le politique est coupable, parce qu’il s’est mué en usurier des privilèges qu’il distribue suivant des calculs qui nient la République et ruinent les canons de l’équité, en laissant s’élargir le champ des jouissances illégitimes, sans éthique. Et le pire est encore devant ; pensons, par exemple,  à ce qui arrivera quand les spoliés d’aujourd’hui vont demain se révolter contre la sauvagerie du capitalisme immoral qui rafle tout le patrimoine foncier national, au vue et au su de tous, sans aucune mesure de protection ni de régulation, alors que des voies règlementaires existent ici et ailleurs… Même syndrome dans les grèves à répétition qui secouent certains privilégiés du secteur public tels les enseignants, eux parmi les plus gâtés du système,  mais dont la mauvaise humeur ne manquera pas d’adresser une offense supplémentaire à ces milliers de frustrés qui n’ont de cesse de dénoncer une fonction publique injuste parce que à multiples vitesses…
La chaîne du droit est coupable,  et la plus haute autorité judiciaire l’a récemment soutenu avec emphase ;  magistrats, avocats, huissiers, notaires et tous les autres, y compris les policiers et les gendarmes,  sont coupables, pour avoir vidé le droit de son fondement de régulation humaine et de sa finalité de resocialisation,  pour lui substituer la loi des privilèges et l’épaisseur du porte-monnaie. Tous aujourd’hui, plus proches des  marchands,  des caissiers ou racketeurs auraient dû, les premiers, prendre la place du jeune Ibrahima dont ils ont préparé l’accouchement,  par la manière dont ils nous ont habitué à dire leur droit. A moins, tremblement de terre, qu’ils aient la divine humilité de consentir à mettre leur fortune accumulé sur le sang des faibles, pour rendre ses membres à l’infortuné Belo ; et ce serait, au moins, pour une fois, début de justice, ce métier dont ils ont professé la foi.
La société civile est hautement coupable,  par son pur déterminisme politicien. Ayant contribué à faire de la désobéissance civile une arme puissante de son jeu,   elle avait oublié de travailler à l’autre versant de la chose, la resocialisation des monstruosités ainsi inoculée dans le corps social. Il ne lui reste plus aujourd’hui qu’à assumer l’appropriation populaire de la désobéissance civile par les gens d’en bas, débouchant sur sa version animale, la justice populaire, et tous les dégâts qui en découlent. Tenter après de se cacher derrière l’uniforme de la police ne peut plus rien changer au mal. On a semé le vent, il faut accueillir la tempête, en reconnaissant là que la société civile a fait pire que le pouvoir qu’elle dénonce.  Aujourd’hui  tout le monde se fait justice, pour contourner la justice, souvent avec la complaisance  d’un membre de la chaîne du droit, comme à Ombessa. C’est la seule façon, en tout cas,  pensent les cadets sociaux, pour hâter les réparations et retrouver le juste soulagement dans une raison que les professionnels du droit ne savent plus dire, ni défendre.
Le peuple grincheux est coupable, et ne devrait s’en prendre qu’à lui-même, au lieu de se consumer en de futiles vendettas qui achèvent de sceller sa marginalisation.  Le peuple ne peut plus revendiquer aucune raison, parce que,  lui-même, la source et le  propriétaire de tous les pouvoirs a eu l’idée lumineuse de s’en délester depuis,  en les bradant à l’encan, à l’imposture, à l’imposteur, au diseur de bonne aventure, au meilleur enchérisseur, au vide, voire, au vent. A partir d’un tel choix de vie, mutiler le jeune Ibrahima ou ses semblables à travers le pays ne peut plus rien changer au suicide; tenter de transformer la police en unique coupable, comme ailleurs les médias de la haine,  ne le peut non plus ; En fait, c’est nous qui devons changer, car,  longtemps avant Ombessa, on baissa tous la garde.
Requiem pour la citoyenneté démocratique !