TOURMENTS DE POLYGAMIE

Extrait du roman du professeur Jean-Claude Shanda Tonme,l’enfant de sa mère;ouvrage paru en 2015 aux éditions Harmattan à Paris en France.

« KontaKampa réalisait à cet instant, ce que sa mère avait représenté pour lui, ce qu’elle avait fait pour lui, sa place et toute son ingéniosité maternelle durant ces décennies importantes et inoubliables, durant sa tendre enfance, durant son adolescence et sa vie d’adulte. En effet tout ce que sa mère avait été durant ces quatre-vingt-cinq années sur terre prenait fin ce jour. Elle était couchée là, vêtue de blanc, les mains et les pieds enfouis dans des ornements de fée. Tout cela semblait digne des meilleurs films de fiction et bousculait tout dans l’univers quotidien. Il n’aurait jamais voulu que cela se passe ainsi. Il n’aurait jamais voulu qu’on l’expose face à tout le village et à tous ces visiteurs venus de loin. Il ne la voulait certainement pas dans cette foire d’hommes et de femmes vêtus de noir en témoignage et en magnificence du moment de deuil. Il ne la voulait pas en objet de célébration de la mort bien qu’elle fut morte. Il ne la voulait pas dans le rôle d’actrice inconsciente et involontaire des mille pensées et des pénibles travers de la mort. Pourtant, c’était bien une morte, et c’était un moment de deuil.

Les mamans n’avaient vraiment rien d’incompatible qui puisse les opposer au point d’installer de véritables inimitiés dans la famille, mais la position floue du chef de famille, tantôt absent et tantôt indécis dans ses attitudes, aggravait toutes sortes de soupçons et d’insatisfactions. De temps à autre, une maman pouvait croire que le fils ou la fille de sa coépouse avait les faveurs de monsieur, et saisissait une occasion pour manifester ce sentiment, généralement sous la forme d’une boutade. Les occasions pour déverser sa bile ne manquaient pas, et enrichissaient les enfants dans la connaissance et surtout dans la relative maîtrise de leur milieu familial. On eût cru des partis politiques tournant autour d’un pouvoir hyperpuissant, distant et sournois ».

SHANDA TONME

TOURMENTS DE POLYGAMIE

Un enfant de sa mère

(Roman)

Harmattan, Paris, 2015, pages 5 et 47